De Jamui à Delhi, le fardeau de la sécurité face aux agressions sexuelles ne peut incomber aux femmes

Points Clés
- 65 % des femmes à New Delhi et 29 % à Bengaluru ont subi du harcèlement dans l'espace public l'année dernière.
- Les autorités répondent souvent à la violence sexuelle en restreignant l'accès des femmes aux espaces publics plutôt qu'en traitant les causes profondes.
- Les militants exigent que les partis politiques refusent d'accorder des investitures ou des postes aux personnes accusées de harcèlement sexuel.
Pour les femmes en Inde, la vie quotidienne est souvent une oscillation constante entre anxiété et colère. L'anxiété découle du travail mental nécessaire pour calculer sa sécurité personnelle — examiner ses choix vestimentaires, ses itinéraires et ses horaires — tandis que la colère naît de l'absurdité de cette réalité et des rapports incessants sur la violence sexuelle. Des incidents récents, notamment une vidéo virale de harcèlement au Bihar et le viol collectif présumé d'une adolescente à Delhi, ont ravivé l'indignation nationale. Pourtant, au lieu d'un changement systémique, la réponse immédiate des autorités implique souvent de restreindre les déplacements des femmes, comme la fermeture de parcs publics ou le passage des cours universitaires en ligne, punissant ainsi les victimes pour les crimes commis contre elles.
Les données soulignent la gravité de cette crise : un sondage récent révèle que 65 % des femmes à New Delhi et 29 % à Bengaluru ont subi du harcèlement dans l'espace public l'année dernière. La militante féministe Kavita Krishnan décrit cela comme une forme généralisée de violence sexiste, tandis que l'auteure Meena Kandasamy note que la régulation du comportement des femmes est un moyen peu coûteux pour l'État de montrer aux parents inquiets qu'il agit. Malgré cela, les réponses politiques restent dédaigneuses ; certains responsables ont qualifié les incidents d'isolés ou ont suggéré que la police morale pourrait agir avec plus d'élégance, reflétant une culture politique où la responsabilité pour les crimes sexistes est souvent traitée comme facultative.
Ce modèle de répression opère à trois niveaux : la famille, la communauté et l'État. À la maison, il se manifeste par des couvre-feux arbitraires ; dans la communauté, par la culpabilisation des victimes ; et de la part de l'État, par la restriction des espaces publics. Kandasamy soutient que ces institutions ne considèrent pas les femmes comme des citoyennes ou des adultes, mais comme des objets inanimés et précieux qui doivent être enfermés pour éviter le vol. Cette approche ignore les causes profondes de la violence, telles que le conditionnement patriarcal et l'incapacité à expliquer pourquoi les espaces publics ne sont pas sûrs, indépendamment de l'heure de la journée ou des vêtements portés par les femmes.
Cependant, la résistance grandit, les étudiants de l'Université de Delhi et d'autres institutions exigeant des améliorations structurelles, telles qu'un meilleur éclairage des rues, des toilettes publiques utilisables et des mesures de sécurité accrues. Les militants soutiennent que la fermeture des parcs ne fait que les réserver aux hommes, au lieu de les rendre sûrs pour tous. Ils appellent les partis politiques à prendre position en refusant d'accorder des postes ou des investitures électorales aux personnes accusées de harcèlement sexuel, visant à démanteler la culture de l'impunité qui permet à une telle violence de persister aux plus hauts niveaux du gouvernement.
À l'avenir, le chemin vers la sécurité nécessite un changement fondamental de mentalité sociale, commençant par la manière dont les garçons sont élevés et dont les familles perçoivent les rôles de genre. Les experts soulignent que ceux qui occupent des postes d'autorité doivent activement remettre en question les normes patriarcales plutôt que de les renforcer. Tant que l'État et la société cesseront de traiter les femmes comme un problème à gérer et commenceront à s'attaquer aux racines systémiques de la violence sexuelle, le fardeau de la sécurité continuera de peser injustement sur les plus vulnérables, laissant le cycle de répression et de violence largement intact.
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