Des milliers de personnes manifestent au Kosovo contre les condamnations pour crimes de guerre d'anciens dirigeants

Points Clés
- Quatre anciens commandants de l'UCK, dont l'ex-président Hashim Thaci, ont été condamnés à des peines de 13 à 25 ans de prison.
- Plus de 13 000 personnes ont été tuées et un million déplacées lors du conflit au Kosovo en 1998-1999.
- Le Premier ministre Albin Kurti a jusqu'au 6 octobre pour résoudre l'impasse sur l'élection présidentielle.
Des milliers de manifestants ont envahi les rues de Pristina jeudi, marquant la plus grande manifestation nationale à ce jour contre les récentes condamnations pour crimes de guerre de quatre anciens commandants éminents de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). L'atmosphère dans la capitale était chargée d'émotion alors que les citoyens se rassemblaient pour exprimer leur indignation collective, portant des banderoles rejetant la légitimité du tribunal et défendant l'UCK en tant que mouvement de libération. Cette mobilisation massive souligne le ressentiment profondément enraciné au Kosovo concernant les procédures judiciaires menées à La Haye, que de nombreux habitants perçoivent comme une attaque directe contre leur identité nationale et le récit historique de leur lutte pour l'indépendance vis-à-vis de la Serbie.
Plus tôt ce mois-ci, les Chambres spécialisées du Kosovo à La Haye ont condamné l'ancien président Hashim Thaci et trois autres hauts responsables de l'UCK à des peines de prison allant de 13 à 25 ans. L'organe judiciaire, créé pour enquêter sur les crimes commis pendant le conflit de 1998-1999, a fait l'objet d'un examen minutieux de la part du public kosovar. Lors des manifestations, les participants ont exprimé une profonde déception vis-à-vis de l'Union européenne, accusant le bloc d'avoir abandonné le Kosovo en soutenant le tribunal. Une manifestante, Iliriana Bullartovci, qui a voyagé depuis une petite ville pour rejoindre la foule, a déclaré : « Les quatre dirigeants condamnés sont innocents ; c'est une grande injustice qui ignore la réalité de notre lutte pour la liberté ».
Le contexte historique de ces tensions remonte au conflit de 1998-1999, qui a entraîné la mort de plus de 13 000 personnes, principalement des Albanais de souche, et le déplacement d'environ un million d'autres. La guerre a pris fin après une campagne aérienne de 78 jours de l'OTAN qui a forcé les forces serbes à se retirer de la province. Le Kosovo a déclaré son indépendance en 2008, un statut que la Serbie refuse toujours de reconnaître. Les décisions judiciaires actuelles ont rouvert de vieilles blessures, et de nombreux Kosovars craignent que l'accent mis par le tribunal sur les actions de l'UCK ne menace d'assimiler leur lutte de libération à l'oppression systémique qu'ils ont subie sous le régime de Belgrade.
Les ramifications de ces manifestations sont importantes, car elles ont exacerbé un climat politique déjà fragile au Kosovo. Le pays est plongé dans une crise politique depuis un mois, caractérisée par une impasse de 19 mois qui a entravé l'élection d'un président et conduit à deux élections anticipées. Les manifestations ont même affecté les relations diplomatiques, des manifestants bloquant des routes près de l'aéroport lors de la visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Bien que Mme von der Leyen ait souligné que le mandat du tribunal devait être respecté et que l'histoire ne pouvait être réécrite, le Premier ministre Albin Kurti a noté que son gouvernement estimait que les verdicts contenaient des erreurs juridiques et factuelles significatives.
À l'avenir, la situation reste précaire car le Premier ministre Kurti fait face à une date limite, le 6 octobre, pour négocier un accord avec les groupes d'opposition concernant la présidence, faute de quoi la nation pourrait faire face à une nouvelle série d'élections anticipées. Bien que le gouvernement n'ait pas officiellement bloqué le tribunal, il existe une pression croissante de la part du Parti démocratique du Kosovo pour limiter le mandat des Chambres spécialisées par le biais d'une nouvelle législation. Les experts avertissent que si le processus d'appel juridique ne parvient pas à répondre aux préoccupations du public, l'instabilité politique actuelle pourrait isoler davantage le Kosovo sur la scène internationale et creuser le fossé entre le gouvernement et ses partenaires européens.
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